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Chroniques de Frewomandhil

 
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Chiméra Klesh
Chimérien du Lion


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MessagePosté le: Ven Sep 29, 2006 13:09    Sujet du message: Chroniques de Frewomandhil Répondre en citant

I - Curiosité

« Par Eleusis, que se passe-t-il ici ? »

Chiméra ouvrit les yeux, contrariée par le bruit environnant. Impossible de dormir ! Et sans sommeil, point d’oniromancie. Avec un geste d’humeur, la dryade se releva d’un mouvement souple de la gangue de satin capitonnée dans laquelle elle était étendue et se dirige vers la fenêtre. Manifestement, des disputes voire même une émeute : regardant au travers de la vitre, elle contempla la foule dans la rue. Un grand nombre de femmes s’y trouvait. Un trop grand nombre, indubitablement : à cette heure-ci, il était de coutume qu’elles fussent à l’ouvrage, invisibles et infatigables sentinelles de leurs foyers douillets. Elles avaient quitté leurs demeures pour une raison mystérieuse et s’opposaient manifestement à la milice de la ville pour un motif inconnu. Les soldats bardés d’acier, le visage rouge sous l’effet de la colère, s’époumonaient sur les ribaudes avec moult gestes menaçants. Chiméra soupira : elle aurait sans doute été plus tranquille en sa forteresse plutôt que dans cette auberge des faubourgs de la ville. Elle n’avait cependant pas le choix : sa tâche nécessitait qu’elle s’éloigna de ses terres pour se mêler au peuple. Pour le moment, cela lui semblait être une bien triste idée …

D’un geste agacé, Chiméra traça dans les airs une rune d’air : voila qui devrait garantir le silence pour le moment. Oubliant la confusion qui régnait au pied des murs, elle retourna vers sa couche et s’y allongea, déterminée à plonger dans sa transe ensommeillée pour gagner les terres oniriques. Elle avait milles songes à traquer et à parcourir : elle n’avait pas de temps à perdre avec les éveillées ! L’oniromancienne avait beaucoup à faire et trop peu de temps disponible.

* * * * *

Tout avait commencé par une mission de repérage des plus anodines. La bannière de la Chimère Pourpre flottait encore sur Sympathieforthedevdhil, même si la bâtisse qui soutenait la hampe n’était plus qu’une ruine calcinée, servant encore de refuge à une armée de harpies qui ravageaient les alentours. Chiméra avait senti que le Royaume sur les récifs se trouvant sur ce continent ne durerait guère, aussi chargea-t-elle deux jeunes adeptes, nommées Lyakys et Unalia, de partir à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil. Après avoir reçu le pécule nécessaire à cette mission, les deux jeunes femmes prirent la route. Les pièces d’or permirent avant toute chose de payer la traversée auprès d’un marchand qui affrétait quelques navires en destination d’un nouveau continent qui venait d’émerger des brumes du néant.

L’apparence des deux jeunes femmes ne manqua pas de surprendre l’équipage : bien que n’étant pas sœurs, elles étaient incroyablement semblables. Seuls les cheveux courts de Lyakys la distinguait de sa comparse Unalia, dont la longue chevelure dansait au moindre pas. Elles avaient toute deux les mêmes yeux noisette, le même visage doux à l’expression naïve. Une étrange complicité liait les deux jeunes femmes depuis qu’elles servaient Chiméra Klesh : cette dernière les avait ramenées un matin après une nuit de raids meurtriers, deux fillettes orphelines. Les deux seules créatures vivantes que l’oniromancienne avait fait épargner à ses harpies.

Les années avaient passé et les fillettes étaient devenues jeunes femmes. Point de souvenir de leur enfance : peut être étaient elles trop jeunes pour se souvenir de leurs vrais parents et de la tuerie, peut-être également la dryade avait-elle effacé leurs souvenirs par magie. Lyakys et Unalia s’en souciait peu : elles n’avaient aucune rancune envers Chiméra pour le massacre de leurs parents et pour les avoir ainsi ravies à leur destinée. En faisant leur classe sur Sympathieforthedevdhil, elles avaient vue de leurs yeux des fillettes vouées à cette destinée à laquelle elles avaient échappé : filles de ferme dont la vie n’est que labeur, mariée de force à un gros plouc inculte qui les engrosserait fréquemment au rythme de sa libido, jusqu’à ce qu’elles donnent naissances à une dizaine de mômes braillards qui eux aussi deviendrait des chantres incontestés de la pire pèquenocratie. Elles savaient qu’elles n’auraient jamais à connaître cela : leurs seuls maris seraient la morsure de l’acier et le poids des armes, leur travail était de survivre et de combattre. Par ailleurs, elles se savaient bénéficier de l’attention particulière de dame Chiméra, ce qui ne manquait pas de susciter quelques jalousies au sein de leurs amies, également adeptes dans l’armée de la dryade.

En mettant le pied sur ce nouveau continent, les deux jeunes femmes eurent une pensée pour ces amies, toujours dans l’enfer de Sympathieforthedevdhil. Mais elles ne s’encombrèrent pas de tourments inutiles : toutes se vouaient à devenir valkyrie, la mort leur était nécessairement une compagne quotidienne.

« Bon … On commence par où, Lyakys ?
- Notre première responsabilité est de découvrir le site où dame Chiméra va implanter son Royaume sur les récifs. Il nous faut un bord de mer, quelque chose d’assez abrupte, avec des richesses minérales à proximité pour que des carrières puisse être établies.
- Cela me semble une bonne définition. Allons nous restaurer dans un endroit on nous pourrons manger un vrai repas, je ne supporte plus l’odeur du poisson !
- Tu as raison, commençons par manger un peu. Il sera toujours temps de trouver un cartographe après ça. »

Les deux jeunes femmes prirent leur repas dans une auberge, suscitant une fois de plus la surprise des gens qu’elles croisaient. Cette auberge était plombée par une atmosphère sordide : un patron au caractère emporté, des habitués narquois et une servante qui venait leur apporter leur plat, les larmes au bord des yeux. Les deux adeptes échangèrent un regard silencieux, pensant une nouvelle fois à cette destinée à laquelle elles avaient échappées. Unalia lui glissa toutefois une pièce d’or dans la main, en fin de repas, sous prétexte qu’elle lui avait dit où trouver un cartographe.

L’érudit se trouvait à quatre rues de là : dans les ports, les cartographes sont toujours des gens fort appréciés. Ce qui expliquait d’une part qu’il y en ait eu un dans la cité portuaire même et d’autre part que les deux jeunes femmes n’étaient pas ses seuls clients. Les deux jeunes femmes patientèrent pendant qu’un riche marchand contestait la somme que lui réclamait l’érudit.

« Plus qu’un client et c’est à nous, murmura Lyakys
- Espérons qu’il ne prenne pas autant de temps que ce gros marchand, répondit Unalia sur le même ton. »

Le seul client qui devait passer avant elles était un homme aux cheveux noirs et au physique quelconque, dont la tenue était d’une grande banalité. Bien trop même pour pouvoir être naturelle. Discrètement, Lyakys le jaugea du regard : sans doute une arme dissimulée sous la cape, assurément un homme dangereux. Son regard bondissait d’une chose à l’autre dans la pi`ce, trahissant une grande nervosité. Lorsque l’irascible marchand rougeaud ressortit sa carte en main, ronchonnant contre « les tarifs honteux de ce grabataire plus têtu qu’une mule », l’homme se glissa derrières les tentures pour rejoindre le cartographe.

Prise par une soudaine impulsion, Lyakys se leva et s’avança vers le rideau, plaquant son oreille contre le tissu pour surprendre la conversation. Unalia lui lançait un regard courroucé, lui faisant signe de revenir s’asseoir plutôt que de se mêler de ce qui ne les regardait pas. Lyakys eut le temps de surprendre quelques mots avant que sa comparse ne s’empare vigoureusement de son bras pour la forcer à retourner s’assoire. Mais Unalia devait malgré tout se poser les mêmes question qu’elle, car elle lui demanda immédiatement sur quoi portait la conversation.

« Difficile à dire, tu ne m’a pas laissé le temps d’entendre, pauvre sotte ! J’ai juste entendu parlé de la Psyché de Karzoak, ça avait l’air important. Ils ont parlé aussi de grottes, je crois … La caverne de l’abysse flamboyant. »

Ne pouvant retenir un rire d’excitation, Unalia se leva à son tour et alla plaquer son oreille contre le rideau.

« Hey, non mais tu abuses ! » s’offensa Lyakys.

Mais elle cessa immédiatement de protester, voyant son amie renifler l’air d’un air soudainement inquiet. D’un même geste, les deux femmes tirèrent leurs armes de leur fourreau et écartèrent brutalement le rideau.

C’était bien une odeur de brûlé et un silence anormal qui avait alerté Unalia. Le feu commençait à se propager de cartes en parchemins, autour du corps sans vie du cartographe qui ne dirait jamais plus rien à personne. Celui qui l’avait égorgé d’une oreille à l’autre était occupé à jeter frénétiquement des parchemins dans le feu. L’irruption soudaine des deux femmes lui fit suspendre son geste : il lâcha soudainement les liasses qu’il avait en main pour tirer son épée. Mue par une impulsion incontrôlable, fruit de longues heures d’entraînement intensif, Lyakys fendit l’air de sa lame et entailla le dos de la main du meurtrier alors qu’il se mettait en garde. Sous l’effet de la douleur, il lâcha son arme, mais la rattrapa immédiatement de son autre main. L’homme était habile et rapide, à ne point douter !

Il était néanmoins seul et blessé, son arme dans sa mauvaise main, face à deux guerrières dont il ignorait tout : il bondit soudainement vers elle, mais prit appui du bout des pieds contre la table basse qui les séparait, bondissant en arrière sous l’effet du rebond. La distance prise suffit à lui permettre de fuir à toute jambe, tandis que les deux adeptes cherchaient à franchir les meubles qui s’embrasaient.

Quelques heures plus tard, la bâtisse entière flambait. Les deux jeunes femmes avaient disparue, fuyant pour ne pas avoir à répondre aux questions que poseraient nécessairement les miliciens devant le corps sans vie d’un érudit égorgé. Elles avaient cependant conservé quelques parchemin passablement brûlés, où on pouvait encore lire les mots « la Psyché de Karzoak ».

« Il faudra qu’on montre cela à Dame Chiméra, dit Unalia. C’est peut être important.
- En tout cas, commençons par quitter la ville. Il nous faut trouver un autre cartographe. Dame Chiméra ne viendra pas tant que nous n’aurons pas dressé les bases de son campement.

(à suivre)
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Chiméra Klesh
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Chiméra Klesh
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MessagePosté le: Ven Sep 29, 2006 18:05    Sujet du message: Répondre en citant

II - Nudités

Il avait une voix larmoyante et mielleuse à la fois, mélange qui s’avérait des plus déplaisant. Quand à son instrument, les sonorités qu’il exhibait impudiquement ressemblaient à quelque chose de proche au crissement d’une serre de harpie sur une ardoise. Exaspérée, Chiméra se tourna vers le barde et lui intima vivement de faire silence. À se demander pourquoi elle l’avait invité à venir animer sa forteresse.
Une fois le musicien engoncé dans un silence offusqué, la dryade se tourna à nouveau vers les parchemins calcinés posés sur son bureau. Face à elle, les deux jeunes adeptes qui les avaient ramenés attendaient sans mot dire. D’après le récit qui venait de lui être narré, elles avaient récupéré ces parchemins trois lunes plus tôt chez un cartographe assassiné. Elles avaient certes fait état de tout cela dès leur retour, mais l’installation du Royaume sur les Récifs avait accaparé l’esprit et les journées de l’oniromancienne, sans oublier ses multiples voyages dans l’antre des Chimériens où elle tenait régulièrement séance avec ses frères d’arme.
Trois lunes. Contemplant les parchemins, Chiméra se maudit silencieusement : trois lunes de perdues sans même qu’elle s’en aperçoive, juste parce qu’elle n’avait pas pris la peine de s’y intéresser.

« Que savez-vous de la Psyché de Karzoak ? » demanda-t-elle aux deux adeptes.

Les deux jeunes femmes se regardèrent en silence, intriguées. Lyakys se lança à l’eau :

« Une psyché est un miroir inclinable de forme allongé. Nous ne savons hélas rien de plus, ma Dame.
- Le nom de Karzoak vous est inconnu, par contre. J’ai eu l’occasion d’entendre ce nom de manière très occasionnelle, en parcourant les rêves des habitants de ce continent. Karzoak était un archimage qui vivait il y a 6 siècles de cela. Les gouverneurs qui règnent sur ces terres sont d’ailleurs les descendants de ses disciples. Ce sont eux qui ont instauré la Magiocratie de Kaadaâr et qui ont interdit à toute femme de pratiquer la magie, les chassant ainsi de toute la vie politique. Karzoak quant à lui semble réputé pour sa sagesse et sa puissance. Il est supposé avoir mystérieusement disparu, un beau jour : il se trouvait dans son laboratoire, une pièce fermée dont personne ne l’a vu sortir. On ignore encore ce qui s’est passé ce jour là et ce qu’il est devenu. »

Les deux jeunes femmes écoutaient en silence, surprises pas autant de révélation de la part de leur maîtresse qui faisait les cents pas dans la pièce. Cette dernière s’arrêta et les regarda dans les yeux.

« Karzoak était un homme : il était donc peu probable qu’il ai besoin d’une psyché dans sa vie quotidienne. Cette psyché doit certainement avoir quelque chose de spécial et je veux savoir quoi, même si on peut supposer qu’elle est enchantée ou ensorcelée. Un homme a été payé et a été tué pour cette psyché ! Lyakys, Unalia : à partir de cette minute, vous quittez le rang des adeptes. Vous voila devenues des amazones. Une fois que vous aurez effectué les rituels de purification et que vous aurez revêtu les toges de votre rang, vous repartirez pour les terres avoisinantes. Je vous charge de me ramener toute information pertinente sur la Psyché de Karzoak et sur ceux qui la recherchent activement. »

Les deux adeptes devenues amazone prirent congés de leur Dame, non sans emporter avec elle le document destiné à l’intendante et attestant de leur promotion. Chiméra quant à elle se tournait à nouveau vers la gangue de satin capitonnée qui lui servait de couche quand elle devant pratiquer ses rituels oniromantiques : il lui fallait en savoir plus sur cette psyché !

L’intendante parcourut rapidement du regard le document rédigé par la dryade, puis reporta son regard sur les deux jeunes femmes qui venait de le lui apporter. Elle n’était point surprise : elle savait pertinemment que ces deux là faisaient partie des rares protégées de Dame Chiméra. Même si la soudaineté de cette promotion l’intriguait, elle ne souhaitait pas discuter les ordres et ordonna aux jeunes femmes de se déshabiller avant de se rendre dans les thermes.

Les toges furent vite ôtées, consignées par l’intendante afin d’être réattribuées à de futures adeptes. Les deux jeunes femmes s’avancèrent dans la pièce aux murs et colonnades de marbre : c’était une vaste pièce inondée d’eau de mer, artificiellement réchauffées par quelques élémentaires de feu. Tout autour d’elle, sur la margelle qui faisait le tour de la pièce, des prêtresses s’avançaient en silence. La plupart restaient à pied sec, mais deux d’entre elle s’avancèrent dans l’eau pour oindre Lyakys et Unalia des huiles consacrées. Malgré la chaleur de l’eau, elles ne purent s’empêcher de frissonner au contact des paumes des prêtresses. Devant leur timide tentative de cacher leurs seins de leurs mains, l’une des prêtresses sourit.

« Mieux vaudrait t’habituer dès maintenant à la nudité, ma petite. La nudité sera désormais ton uniforme, ton armure et ton arme. Elle est celle qui distingue les vraies guerrières des adeptes, qui ont encore besoin de se cacher pour se protéger du monde comme le fœtus se cache dans le ventre de sa mère. Elle te protégera en te laissant plus libre de tes mouvements que tu ne l’as jamais été. Enfin, elle distraira tes mâles adversaires pendant les secondes qui te seront nécessaire pour les tuer. »

Les deux jeunes guerrières devraient en effet désormais apprendre à se passer de vêtements, si ce n’est le mince pagne qui leur permettrait de soustraire leur entrejambe aux regards trop avides des mâles. Elles auraient à s’approprier cette nudité. Pour toute autre femme, la nudité est faiblesse et vulnérabilité : elle révèle des femmes ce qu’elles ont de plus gracieux, de plus précieux et de plus intime, mais les expose totalement aux brutalités des hommes qui les voient ainsi. Loin de celle des amazones, cette autre forme de nudité est de celle dont sont tissés les cauchemars, celle qui fait que l’on reste pelotonnée dans un coin, sans pouvoir bouger, celle qui fait que tout autre geste est ridicule et dangereux. Celle où on ne peut plus penser, à peine respirer : celle dans laquelle on ne peut qu’avoir peur !

Par ce bain rituel et purificateur, c’est à cette nudité là que les deux jeunes femmes disaient adieu. De proies, Lyakys et Unalia devenaient prédatrices. Elles devenaient des amazones.

Même endormie, il ne faut être nue. Chiméra dormait, drapée dans sa robe d’oniromancienne, le sigle de la Chimère de ses vêtements protégeant la nudité de son corps contre tous ceux qui n’étaient de toute façon pas dans la pièce. Ses rêves bondissaient de songe en songe, disséquant les espoirs les plus secrets et les craintes inavouées des habitants du continent. Traquant sans relâche des aveux ensommeillés concernant la Psyché de l’enchanteur.

Quelque part, dans une maison d’un faubourg de la ville proche du Royaume sur les récifs, dormait Malider l’historien. Il rêvait de son enfance à la ferme, et à cette jeune gamine rousse que jamais il ne pu impressionner, pauvre enfant chétif qu’il était. Il n’avait certes pas la lourde musculature de son frère, de huit ans son aîné, qui était perpétuellement dévoré des yeux par la rouquine. Il savait où son rêve le menait, sans pouvoir y échapper : c’était un rêve qu’il faisait souvent, même s’il s’agissait plus d’un souvenir que d’un rêve. La grange, les deux corps nus dans la paille et les longs gémissements de la fille faisant écho aux râles bestiaux de son frère.
Pourtant cette nuit là, la fin du songe lui fut épargnée. La gamine tourna son regard vers lui et lui prit doucement la main. Malider n’en croyait pas ses yeux, le souffle coupé. Il ne remarqua pas que le regard de la gamine était très différent de d’habitude. Un regard plein de malice, mais le regard d’une adulte déterminée.

« Et si nous allions espionner ton frère pour lui jouer un tour ? »

Incapable de dire un mot, le jeune Malider suivit la gamine, sans lui lâcher la main. Quelque part, loin de la terre des songes, un vieil historien se retournait dans son lit, priant inconsciemment de ne jamais se réveiller. La gamine le mena à une fenêtre, où ils regardaient le grand frère pratiquer des rituels magiques devant un miroir.

« Étrange, se dit Malider avec sa conscience d’adulte. Mon frère n’a jamais été magicien : il a toujours été fermier ! »

Mais il savait qu plus profond de son rêve qu’en dépit de ce que voyait ses yeux, ce n’était pas son frère qui se tenait devant lui mais l’archimage Karzoak. Avant qu’il ait eu le temps de se demander pourquoi son frère était devenu l’archimage Karzoak, il se tourna vers la gamine rousse, impatient de l’impressionner enfin :
« C’est l’archimage Karzoak, celui des légendes. Il est revenu de parmi les morts.
- Parle moi de lui, Malider. Raconte moi tout … Et parle moi de ce miroir qui se trouve juste devant lui. »

Se sentant fondre de plaisir et de désir sous l’intensité du regard de ce qu’il croyait être une gamine rousse, Malider ne se fit pas prier.

Il mis son âme à nu et lui raconta tout.

(à suivre)
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Chiméra Klesh
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Chiméra Klesh
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MessagePosté le: Sam Oct 14, 2006 16:45    Sujet du message: Répondre en citant

III - Fécondité

L’homme noir se tenait au centre de la clairière, à en croire les villageois. Nuls autres qu’eux-mêmes ne semblaient pouvoir le voir, mais cela ne signifiait sans doute pas qu’il n’était pas là. Les villageois avaient pour habitude de sacrifier leurs enfants à l’homme noir : c’était exactement ce qu’il attendait d’eux, et ils s’y pliaient de bonne grâce. Cette nuit, c’était le tour de cette fillette aux yeux noisette : ses parents eux même l’amenaient à l’autel sacrificiel où elle allait mourir lentement, à petit feux, des heures durant. Les parents avaient le sourire aux lèvres, ignorant les pleurs angoissés de leur enfant. Le fruit de leurs entrailles fécondes.

Sans doute auraient-ils connu les pires malédictions de la part de l’homme noir s’ils ne consentaient pas à lui livrer l’âme et la vie de cette enfant. Mais cela ne leur serait hélas d’aucun secours car ce sacrifice fut aussi la cause de leur chute, une chute immédiate, brutale et sanglante : la mort venue du ciel sous la forme de diaboliques créatures emplumées. Leur maîtresse leur avait demandé d’exécuter ces pécheurs, qu’ils expient pour le sang injustement versé de leurs enfants : elle menait elle-même ses sœurs harpies au combat, mais son centre d’intérêt était la fillette, et non l’ivresse des tueries qu’elle laissa de bon cœur à ses sœurs.

Au bout de quelques minutes à peine, les villageois étaient massacrés jusqu’au dernier. S’il était effectivement là, l’homme noir ne fit pas un geste pour les sauver : sans doute avait-il sa part d’âmes moissonnées dans ce carnage. Ainsi vont les choses sur Sympathieforthedevdhil. La maîtresse des harpies se pencha alors sur l’unique survivante, la fillette dont le petit corps tremblait sous l’effet de la peur et de la fièvre. « Le poison la ronge, se dit alors Chiméra en l’observant. Je n’ai plus beaucoup de temps pour agir, il faut que je me décide. » Mais elle savait que sa décision était déjà prise, tandis que ses serres se portaient au fragment de cristal qu’elle portait en pendentif …

Chiméra ouvrit les yeux …
Il n’était plus temps de se remémorer les souvenirs de jadis, même si peuvent s’y trouver les graines fertiles d’un présent aujourd’hui incertain. Plutôt que de ressasser le passé, il fallait qu’elle informe les deux amazones de ses récentes découvertes concernant l’archimage Karzoak. Fallait-il envoyer un songe ? Non : l’oniromancienne aurait besoin de toute sa concentration pour les jours à venir et de plus rien ne lui garantissait que Lyakys et Unalia étaient endormies, même à cette heure de la nuit. Faisant appel aux méthodes éprouvées, la dryade invoqua un élémentaire d’air pour qu’il porte son message aux deux jeunes femmes.

Effectivement, Lyakys et Unalia ne dormaient pas !

Le coup de botte d’Unalia fit voler deux dents du maraud, dont le cou pivota dans un craquement sonore. Dans son dos, Lyakys faisait voler son épée, entaillant cruellement les mains des malandrins qui se voyaient contraints de lâcher leurs armes. Désormais, ils ne riaient plus devant les poitrines rebondies et dénudées des deux jeunes femmes : ils savaient en leur for intérieur qu’il allait leur falloir renoncer à la partie fine qu’ils envisageaient encore quelques minutes auparavant et que l’enjeu était désormais leur survie. La lame de Lyakys transperça un torse de plus, dans un immonde gargouillis carmin. Plaquées dos à dos, entités symbiotiques combattantes, les deux femmes toujours en mouvement regardaient leurs assaillants autour d’elles : ils n’étaient plus que trois, six étant déjà étendus au sol. Les trois derniers décidèrent alors de laisser leur comparses là où ils étaient : ils tournèrent les talons et s’enfuirent à toutes jambes, fuyant les deux diablesses déchaînées et les laissant maîtresses des lieux.

« En reste-t-il un de vivant, qu’on puisse l’interroger ?
- Hélas, Lyakys, je crois que tu as trop bien œuvré et que tous ont trépassé. Il ne nous reste qu’à monter voir ce qu’il y a à l’étage, si nous voulons en savoir plus.
- Un instant ! Reste sur tes gardes, un élémentaire vient de se glisser dans la pièce, dans le coin près de la grosse armoire. »

Elles s’aperçurent alors qu’elles n’avaient pas affaire à un ennemi mais à un messager de leur maîtresse. Dès qu’elles lui en donnèrent l’ordre, la créature magique leur rapporta les paroles de Chiméra Klesh.

« Voici quelques éléments susceptibles de faire progresser votre enquête. Karzoak était un oniromancien, tout comme moi : sa magie était celle des rêves. Cette psyché est donc un objet qui m’intéresse au plus haut point. Je vais dès aujourd’hui quitter ma forteresse et me rendre en ville, où je louerais une chambre d’auberge. Me trouvant en proximité immédiate avec la population, j’aurais davantage de chances de retrouver cet homme que vous avez entrevu chez le cartographe et de traquer le fil de ses songes. Cela va cependant sans doute s’avérer difficile et je m’attends à devoir y consacrer des jours, si ce n’est des semaines. Si vous cherchez à me joindre, parcourez les auberges de la ville.
De votre côté, tâchez de voir si vous parvenez à mettre la main sur des informations concernant la descendance du mage. J’ai appris que, lorsqu’il a disparu, sa compagne était enceinte de lui. Elle était aussi une de ses disciples, manifestement la plus douée. L’histoire ne semble pas avoir gardé grand trace d’elle : jaloux, les autres disciples du mage semblent l’avoir écartée du pouvoir lorsqu’ils ont instauré la Magiocratie de Kaadaâr. Cette jalousie est sans doute la raison pour laquelle la magie a été interdite aux femmes.
Si la grande Histoire a perdu toute trace de cette femme qui portait en son ventre l’enfant de Karzoak, peut-être la petite histoire en sait-elle plus … À vous de jouer ! »

L’élémentaire se tu et disparu sans autre forme de procès, signifiant ainsi aux deux jeunes femmes que sa tâche ici était achevée. Les deux amazones purent alors revenir à leur situation actuelle : elles montèrent l’escalier qui menait à l’étage de la taverne miteuse qu’elles avaient investie. Un couloir sordide, flanquée de portes derrière lesquelles on devinait des présences, par les bruits étouffés qui en provenaient. Unalia ouvrit l’une des portes à la volée tandis que Lyakys entrait d’un roulé boulé, lame au clair et garde haute.

« Par Eleusis !
- Combien sont-elles, entassées ici …? »

Des femmes, fort peu vêtues et portant sur les chairs des marques de coups. Ce qu’on lisait dans leurs yeux trahissait cependant d’autres marques, sans nul doute bien plus profondes. Elles semblaient terrifiées, se tenant le plus loin possible de la porte, comme si chacune d’entre elles voulait se fondre dans les murs de la pièce sordide. Lyakys baissa son arme, comprenant à qui elles avaient affaire.

« Des filles de joie … »

Le mot sonnait étrange et laissait dans sa bouche un goût amer, tant la joie semblait étrangère à cet endroit qui transpirait le vice, la terreur et la souffrance. Les femmes semblaient elles aussi prendre la mesure de la situation : ce n’était pas un client violent et ivre de bip qui venait d’entrer dans leur gourbi, mais deux femmes émancipées, deux femmes qui pourraient les mener à la liberté. Les plus audacieuses d’entre elles quittaient déjà cette pièce qui avait été leur prison durant tant d’années, affrontant la lumière du jour pour la première fois depuis fort longtemps. D’autres remerciaient les deux amazones en pleurant de gratitude. Mais Lyakys et Unalia ne s’attardèrent pas dans cette pièce, non seulement car l’étage n’avait pas encore été sécurisé mais surtout parce que cet endroit leur donnait la nausée. Une nausée et une haine virulente contre les hommes qui avaient osé infliger ce répugnant esclavage à ces femmes, les privant de leur identité et faisant d’elles pire que de simples objets. Des objets qu’on enferme et qu’on possède.

Et pourtant, la porte suivante leur révéla bien pire ! Derrière cette porte qui puait la mort et la décomposition, elles apprirent ce que ces hommes faisaient à celles de leur captive qui tombaient enceintes.

* * * * *

Chiméra ne savait pas encore que la tranquillité des faubourgs prendrait fin à peine quelques heures après qu’elle se soit installée dans l’auberge : une affaire de trafic de femmes et de réseaux de prostitution éclata, suite au démantèlement d’une maison de passe de la guilde noire par deux folles furieuses. La réaction molle de la milice et des autorités permit de deviner que les officiels de la ville étaient au courant depuis longtemps de l’existence de cet endroit ; le témoignage des captives permit même de savoir qu’ils bénéficiaient eux aussi des services de ce réseau clandestin. La découverte du charnier fut l’étincelle qui embrasa cette situation déjà explosive. Les rues furent envahies d’émeutes où des femmes furieuses s’opposaient à la milice de la ville, les soldats bardés d’acier qui, le visage rouge sous l’effet de la colère, s’époumonaient contre elles avec moult gestes menaçants, comme au pied de cette auberge. Malgré la fureur, les femmes laissèrent passer la troupe armée aux armures de jaspe qui arriva au trot : les troupes d’élite des magiocrates ! Dans un silence tendu, elles les regardèrent entrer dans l’auberge, les armes à la main. Elles ne les virent pas monter les escaliers et frapper vigoureusement à la porte d’une chambre du premier étage.

De l’autre côté de la porte, Chiméra pesta : elle n’avait même pas eu le temps de se rendormir ! Si la rune la protégeait du bruit de la rue, elle ne pouvait rien contre les coups sourds donnés sur sa porte, ni contre les soldats qui entèrent brutalement dans la chambre, les armes à la main.

« Madame ! Veuillez nous suivre. Vous êtes en état d’arrestation ! »

Chiméra regarda les gardes, incrédule. Ignorant les regards des soudards qui se portaient sous ses formes, hélas trop exposées par les vêtements qu’elle portait pour pratiquer l’oniromancie, Chiméra s’adressa au sergent :

« Et que me reprochez vous, guerrier ?
- Pratique de la magie, madame. La magie est interdite aux femmes. Veuillez nous suivre.
- Il en est hors de question ! Je suis seigneur de Daifen, membre de l’Ordre de la Chimère et affiliée au Corps du Lion, messieurs ! Je ne suis point une donzelle qu’on effarouche et encore moins une à qui on donne des ordres. Surtout lorsque le crépuscule arrive ! »

Irrités par le ton de la dryade, les gardes convergèrent vers elle. Chiméra se plaça alors dos à la fenêtre, afin que les derniers rayons du soleil touchent sa peau nue. Lorsque l’odieuse transformation se fit, les gardes étaient tout proche et mettaient déjà la main sur elle.

Pas un ne survécu …

(à suivre)
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Chiméra Klesh
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Chiméra Klesh
Chimérien du Lion


Inscrit le: 07 Juil 2006
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Localisation: Quelque part dans vos songes

MessagePosté le: Sam Oct 14, 2006 16:46    Sujet du message: Répondre en citant

IV - Complicité

Des cauchemars à ne plus savoir qu’en faire ! Jamais elle n’oublierait cette journée là. Pour le moment, c’était juste hier et ce cauchemar était le premier. Mais d’autres viendraient : chaque nuit jusqu’à son dernier jour.

Elle se rêvait enfermée dans le noir, nue, parmi les autres. Humiliée, vulnérable, violée à maintes reprises par des hommes trop brutaux et trop forts. Elle criait, pleurait, suppliait : tout pour que cela s’arrête. Ces heures de terreur qu’elle n’avait jamais vécues étaient des tisons enfoncés sous sa peau et qui brûlaient sa chair. Elle n’était qu’une femme, battue et opprimée, maintenue dans la plus infâme servitude par des hommes veules et vicieux. Sans douceur, sans respect, sans amour. Un objet qu’on possède et qu’on jette, éventuellement après l’avoir brisé. Comme ça : juste parce qu’on en a le pouvoir.

C’est alors qu’elle l’apercevait. Elle aussi était là, nue et couverte d’ecchymoses, avec un haillon crasseux pour tout vêtement. Elle aussi pleurait, transpercée par le désespoir. Mais quand elles se trouvèrent du regard, tout bascula : elles n’étaient plus des femmes seules et isolées, mais deux amies, deux sœurs de guerre, deux amazones. Deux facettes d’une même pièce. Elles trouvaient dans le visage de leur consoeur le courage qui leur manquait. Elles y découvraient la force qui était la leur et dont elles prenaient subitement conscience. Autour d’elle, le rêve changeait. Leurs haillons devenaient des pagnes rituels, leurs poings tendus devenaient des lames d’aciers et elles étaient libre, Ô combien libres !
Les bourreaux s’effaçaient dans des éclats carmins et elles riaient, sentant les larmes se s`cher sur leurs joues endormies, quelques part ailleurs.

« Toi aussi tu fais ce rêve, Unalia?
- Oui, Lyakys. Les évènements d’aujourd’hui m’ont trop marquée. Ils me hantent même au plus profond de mon sommeil.
- Je ressens le même sentiment que toi. Je me sens … souillée, par ce que nous avons découvert. Et moi aussi je suis en train d’en rêver.
- Ne nous réveillons pas et continuons à dormir, Lyakys. Demain sera une rude journée et nous ne pouvons pas nous permettre de gaspiller du temps de repos.
- Tu as raison, Unalia. Espérons que ce que nous a appris cette fille est toujours vrai. C’est inespéré que cet homme que nous recherchons était passé par cet endroit. Celui qui a tué le cartographe. Au moins, nous n’aurons pas fait cela pour rien.
- Même si nous n’avions rien apprit, nous n’aurions pas fait cela pour rien. Elles sont libres, désormais. »

Sans se réveiller, toutes les deux replongèrent en sommeil profond, un sommeil apaisant, réparateur. Demain, elles n’y penseraient plus : se préparant au matin et rassemblant leurs armes, elles ne s’étonneraient même pas d’avoir rêvé ensemble le même rêve.

Elles rêvaient toujours ensemble et ne s’en étonnaient pas. Elles pensaient qu’il en allait de même pour tout le monde … Et nul ne les avait jamais contredites à ce sujet.

S’aventurant dans les rues de la ville, les deux amazones constatèrent combien l’ambiance avait changé depuis la veille : leur petite aventure dans le gourbi insalubre avait laissé ses marques dans toutes la ville, les femmes s’insurgeant contre certaines pratiques masculines et descendant dans la rue pour crier leur révolte. La tension était palpable, l’air était électrique et la situation pouvait dégénérer en violence à tout instant. Cependant, les deux amazones tirèrent profit de la situation : dans une telle foule, elles passaient inaperçues ! Quelques questions dans des ruelles peu engageantes, quelques coups distribués le cas échéant : elles remontaient la piste de l’homme aux cheveux noirs, dont l’une des fille leur avait apprit hier le nom : Karl.

Karl était quelqu’un de respecté : il ne leur fut pas toujours aisé de faire parler ses connaissances. Mais le contexte de révolte féminine leur donnait un crédit que ne contredisaient pas leurs aptitudes aux armes et la rudesse de leurs questions : les interlocuteurs ne jouaient jamais au malin bien longtemps face aux deux femmes.

« Vous ne pourrez rien lui faire, même si vous le trouvez, mes jolies ! Là où est Karl se trouve le pouvoir. Et ni vos joli minois, ni vos belles épées ne pourront … gnnngngnmmmfffff
- Ça c’est notre problème, pas le tien. Parle où je resserre encore plus, et tu ne pourras même plus gémir comme tu le fais maintenant.
- Lyakys, je crois que notre ami devient dangereusement rouge. Vas-tu le laisser un peu respirer ? Il va sans doute nous dire quelque chose.
- MMmmmmgmmgngngngngngngng !!!!
- Tu crois, Unalia ? Mais non, il nous a dit clairement qu’il ne nous dirait rien. Je n’ai aucune raison de relâcher mon étreinte.
- J’insiste, mon amie.
- Bon, c’est bien parce que tu me le demandes gentiment.
- D’accord, d’accord !!! Je vais parler ! Vous trouverez Karl dans la taverne qui se trouve sur la grande place, juste à côté de la garnison d’élite de la magiocratie ! Il traîne toujours là bas depuis quelques semaines ! Mais laissez moi partir ! »

La grande place n’était pas difficile à trouver, mais les deux amazones s’attendaient à devoir utiliser des méthodes plus subtiles dans un endroit comme celui-là. Elles apprirent que les troupes d’élite des mages dirigeants, qui normalement régnaient en maître sur cette place, étaient commodément absentes : après qu’une dizaine d’entre eux avaient été massacrés par une harpie dans une auberge, ils sillonnaient la ville afin de mettre la main sur la créature. De ce fait, la place était relativement déserte et les deux amazones purent observer à loisir la taverne qu’on leur avait désignée.

« On va changer de méthode et essayer de jouer finement, cette fois ci. Passe moi cette toge, Unalia : je vais y aller seule en m’en revêtant. Toutes les deux, nous sommes trop reconnaissables, surtout depuis nos exploits d’hier. Tu restes ici et tu fais le guet : je vais poser quelques questions et essayer de savoir où est ce Karl. »

Unalia regarda Lyakys entrer dans la taverne. Puis, elle attendit, surveillant les allées et venues de son coin de ruelles. Le temps passait, bien trop longtemps à son goût. « Ce n’est pas normal, quelque chose ne se passe pas normalement. » Elle leva les yeux et regarda l’enseigne du bâtiment où avait disparue son amie : elle comprit alors !

La taverne de l’abysse flamboyant …

Les mots du cartographe, partiellement étouffés par la tenture, lui revinrent en mémoire instantanément. « Par Eleusis ! C’est la taverne et non pas la caverne ! Le miroir est ici !!! Lynakys s’est jetée dans la gueule du loup ! »

Unalia traversa la place rapidement, en s’empêchant de courir pour ne pas attirer l’attention des quelques passants. Mue par un instinct viscéral, elle bondit de soupirail en soupirail, ayant la sensation diffuse que Lynakys se trouvait quelque part dans les sous-sols de la bâtisse. Au sixième, elle trouve ce qu’elle cherchait : cinq hommes avaient capturé Lynakys et la présentaient à Karl, l’homme aux cheveux noirs qu’elles avaient déjà affronté chez le cartographe. Derrière cet homme, elle devinait des murs anciens qu’on défonçait : des travaux dans les sous-sols, des chambres secrètes qu’on excavait. Mais elle remit tout cela au futur : il lui fallait intervenir rapidement pour sauver son amie !

Passer par l’entrée ? Trop long et trop hasardeux. Les soupiraux étaient la meilleure issue, mais ils semblaient trop étroits pour pouvoir la laisser passer, bien qu’elle soit particulièrement menue.
« Sans mes vêtements et en me huilant le corps, c’est peut-être faisable. »
Elle se débarrassa hâtivement de son pagne, de son ceinturon auquel pendait le lourd fourreau et de ses bottes, puis se oint le corps d’huile purifiée : ainsi préparée, elle entreprit de se glisser dans le soupirail menant à la pièce voisine à celle où se tenaient ses ennemis. Elle sentait le métal glacé lui broyer les chairs tandis qu’elle continuait à pousser, se forçant à passer par l’étroite ouverture. La pression croissante lui écrasait le corps et elle devait serrer les dents pour ne pas crier et s’enfoncer encore plus dans le soupirail. Jusqu’au moment où cela passa, ou elle fut littéralement aspirée par l’ouverture, son corps huilé ne pouvant plus reculer. Elle eut le réflexe de serrer la main sur la garde de son épée pour que celle-ci la suive et tombe avec elle dans la pièce sombre, en contrebas.

Elle se releva et prit quelques secondes pour masser ses chairs endolories, se demandant si on ressentait la même chose lors de sa naissance. Mais elle n’avait pas de temps à perdre : Lynakys était en danger et elle entendait les hommes la frapper tout en la questionnant. Unalia n’avait pour les vaincre que son épée et l’effet de surprise, sa nudité pour tout bouclier. « La nudité sera désormais ton uniforme, ton armure et ton arme. » lui avait dit la prêtresse. Elle mesurait désormais Ô combien c’était vrai.

Une respiration anxieuse, une seconde … puis elle bondit dans la pièce, entaillant dans le même geste l’un des hommes sur toute la largeur du torse. Karl criait un avertissement que déjà la lame meurtrière volait vers une nouvelle cible, faisant jaillir des pétales carmin sur sa gorge. Lynakys profita de la confusion pour donner un violent coup de coude à l’un des hommes qui la maintenant, lui écrasant le nez dans un craquement sinistre : elle le déposséda immédiatement de son épée et déjà un autre homme s’effondrait, mortellement touché. Il ne fallut que quelques seconde de plus aux deux femmes pour se débarrasser des deux derniers sbires, d’autant plus facilement que l’un d’eux était désarmé et tenait à deux mains son nez cassé.

Seul restait Karl, lame au clair, qui faisait face aux deux amazones comme il l’avait fait devant le corps du cartographe assassiné. Il ne pouvait se permettre de leur laisser l’initiative du combat, entama-t-il une feinte en direction de Lynakys avant de virer la trajectoire de son coup vers Unalia. Ce faisant, il commença à leur parler, espérant à la fois les distraire et en savoir plus sur ces deux intruses.

« Pourquoi voulez vous le miroir des âmes ? Que voulez vous en faire ? Qui êtes vous et pour qui travaillez vous »

Ce fut Lynakys qui para le coup destiné à sa consoeur, mais déjà les deux ripostaient de concert, lançant leurs lames jumelles dans une chorégraphie endiablée et meurtrière.

« Nous sommes les amazones de Dame Chiméra Klesh et nous revendiquons la psyché comme étant sienne.
- En quoi votre maîtresse a-t-elle besoin du miroir qui révèle les âmes ? Trop de puissants de ce monde se sont perdus en s’y mirant, constatant avec effroi la noirceur de leur âme. Cette psyché n’est pas pour les grands de ce monde, Karzoak lui-même y a succombé ! »

Mais Karl lui-même ne prêtait plus grande attention à ce qu’il disait : les coups des deux femmes se conjuguaient de manière surnaturelle, comme si les deux femmes si semblables ne faisaient qu’une. Chacune savait intuitivement ce que faisait l’autre, quel coup elle exécutait et par lequel elle enchaînerait. Karl devait reculer à chaque passe d’arme, mais désormais son talon buttait contre le mur en cours de démolition. Il parvint à parer les coups particulièrement retors qu’Unalia faisait converger vers sa gorge, mais il ne pu rien contre le puissant coup de pied de Lynakys qui le propulsa en arrière, faisant effondrer le mur qui se trouvait derrière lui.

Les deux femmes cessèrent de bretter, contemplant alors la pièce secrète qui se révélait à leurs yeux derrière leur adversaire terrassé. Une chambre dissimulée aménagée par la compagne de Karzoak quand elle comprit que les autres disciples de l’archimage voulaient piller l’héritage de son amant.

Unalia et Lynakys s’avancèrent, enjambant les décombres et le corps inanimés de Karl. Au centre de la chambre secrète trônait une psyché finement ouvragée, dans laquelle les deux femmes contemplaient leur reflet. Cependant, elles comprirent que Karl disait vrai : dans cette psyché ensorcelée, on n’aperçoit pas que son image. On scrute l’âme de ceux qui s’y reflètent !

Et les deux femmes, se contemplant incrédules dans la Psyché de Karzoak, ne distinguaient qu’une seule et unique âme pour les deux corps qui s’y reflétait !

(à suivre)
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Chiméra Klesh
Oniromancienne du Royaume sur les Récifs
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